Une légumerie locale et bio pour les collectivités c’est possible!
C’est lors du dernier festival « Nourrir Liège » au printemps dernier, que je suis tombée sur un dépliant concernant le projet de légumerie de Terra Alter. Après avoir écrit en 2021 un article sur les cantines bio et le restaurant de demain (disponibles à la lecture sur mon blog), je ne pouvais rester insensible à ce projet destiné aux collectivités. Le sujet vous semble loin de vos préoccupations ? Qui n’a pas un enfant ou petit-enfant à l’école ? Un parent dans une maison de retraite ou un proche hospitalisé et qui n’a pas constaté que l’offre alimentaire dans ce type d’établissements est rarement à base de légumes frais locaux (par opposition aux légumes surgelés d’on ne sait où, qui représentent la pratique courante). En effet, ça nous concerne tous et toutes et si l’on souhaite voir les lignes bouger, il est essentiel de faire connaitre ce type de projet et d’interpeller nos décideurs politiques pour aller vers une transition alimentaire favorable à tous, indépendamment du niveau social et des moyens financiers de chacun.
Mais avant tout, qu’est-ce qu’une légumerie ? Une légumerie est un atelier de lavage, épluchage, découpe et conditionnement de légumes frais. Les collectivités comme les hôpitaux, les maisons de retraite ou encore les écoles et les crèches, tout comme beaucoup de restaurants, gagnent du temps avec des légumes « prêts à l’emploi ». La légumerie est donc l’intermédiaire, le chainon manquant, entre les producteurs de légumes (les maraichers) et les collectivités avec leurs besoins augmentés et conditionnés. La légumerie facilite le travail de ses institutions, leur permettant de « cuisiner frais » plutôt que surgelé, tout en donnant un débouché aux légumes « hors calibres » ou « laids » qui ne pourraient pas être vendus en grande surface (mission antigaspillage). Elle établit également des partenariats avec les producteurs locaux leur assurant des volumes constants et des prix justes.

Ça vous parait une évidence de créer une chaine locale de la fourche à la fourchette ? Pourtant, ce n’est pas si simple, certains restaurateurs pourraient vous en parler, ceux qui essayent de « sourcer » local (voire également bio) y passent un temps dingue, finissant par faire tout de A à Z eux-mêmes faute d’une offre intermédiaire qui a du sens. Du coup, ils peinent à offrir des prix justes qui reflètent leur charge de travail augmentée. Soyez en conscient, la grande majorité de ce que vous mangez au restaurant vient de grossistes qui n’ont rien de local. Pour les collectivités, les gros marchés publics sont à l’échelon Européen, il n’est pas question d’y mettre un critère « local » et les petits marchés sont peu visibles.
C’est pourtant le défi que s’est lancé Pascal Hennen, fondateur des Petits Producteurs, avec pour objectif de permettre au bio d’arriver aux plus fragilisés. Terra Alter est donc une coopérative à finalité sociale, qui fait partie de l’asbl Terre (qui propose notamment le tri des vêtements via ses bulles), une entreprise d’intérêt général donc. Terra Alter et sa légumerie existent depuis 2024 et comptent 3 ouvriers, un chef d’équipe et 2 employés. Elle traite 200 tonnes de légumes par an avec dans le viseur l’objectif d’atteindre 500 tonnes, ce qui lui permettrait de parvenir à l’équilibre financier dont elle a besoin pour perdurer. A ce jour, l’essentiel de ses clients sont des collectivités (hôpitaux, maisons de repos et écoles), marchés publics ou non et il n’est pas toujours simple de convaincre ces institutions où l’alimentation est souvent considérée comme un coût plutôt que comme faisant partie de la mission essentielle du soin aux patients, aux ainés ou aux enfants. Les croyances y ont la vie dure, tant au niveau de la faisabilité que de la différence de tarifs avec les grossistes classiques.

Et le bio dans tout ça ? Bien que la légumerie soit 90% bio, elle ne propose pas que du bio, sinon elle aurait du mal à s’introduire sur les marchés qu’elle vise. « Il faut imaginer qu’aller vers des légumes frais conventionnels c’est déjà un grand pas pour ces institutions, alors pour nous c’est une porte d’entrée de proposer du conventionnel et l’occasion alors de démontrer qu’on peut aussi bien faire les choses en bio. » nous confie Pascal. Quand on lui demande qu’est ce qui les empêche d’atteindre les fameuses 500 tonnes pour assurer la pérennité de la structure, il nous affirme que ce n’est pas un problème d’approvisionnement mais bien de débouchés. Pas simple de faire du commercial quand l’activité première de transformation prend autant de temps. Pas simple de trouver des investisseurs quand les dividendes sont plafonnés (vocation sociale). Pas simple de répondre aux gros marchés publics avec leurs contraintes Européennes et de localiser les petits marchés qui sont peu visibles. Quid des restaurateurs ? « Leurs besoins sont limités comparés aux collectivités et le coût du transport est énorme pour les quantités impliquées » conclut Pascal.
En définitive, ce dont la légumerie Terra Alter a besoin c’est de visibilité, c’est de se faire connaitre auprès des institutions et de tous ces petits marchés si difficiles à atteindre. C’est là que nous avons un rôle à jouer, en tant que parents pour nos enfants dans les écoles et les crèches ou enfants pour nos parents dans les maisons de retraite, en tant que patients dans les hôpitaux, faire savoir que des alternatives existent et proposent des solutions plus saines qui font vivre des acteurs locaux. Il ne vous reste plus qu’à en parler autour de vous !


















